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  • Maura Satta Flores

Je suis une mère, je suis un père: le récit de l’équilibre entre travail et vie privée doit changer

Maura Satta Flores* est la première invitée au “Speakers' Corner” de The Why Wait Agenda

Le nouveau gouvernement italien vient de donner naissance (c’est le cas de le dire) au ministère de la Natalité qui, plutôt que de diviser partisans et adversaires ou de susciter une ironie facile sur les réseaux sociaux, devrait nous faire réfléchir aux solutions proposées par le monde politique ces dernières années afin de résoudre l’une des plus graves crises démographiques qu’ait connue notre pays.


Les chiffres qu’Eleonora Voltolina a cités dans son TedX — d’ailleurs émouvant — devraient nous faire trembler. Pourtant, à propos de la crise démographique, il règne un silence assourdissant qui verse aussitôt dans l’idéologie, s’égare sur la question des droits et ne prend quasiment jamais le chemin des solutions.


Et les solutions, comme on le sait, sont toujours une combinaison complexe de politiques, de pratiques, de manières multiples de travailler et de vivre, et même de communication. Oui, car le récit de la parentalité a été compliqué par son conflit avec le droit sacro-saint à la non-parentalité. On dirait presque que, pour protéger ceux qui, légitimement, ne veulent pas devenir parents — ou n’ont malheureusement pas pu l’être —, il faille faire taire ceux qui le sont et donc négliger cet élément dans le récit des vies professionnelles et personnelles. Qui, pourtant, n’est pas un simple détail.


En effet, ceux qui deviennent parents consacrent une part très importante de leurs ressources financières à élever leurs enfants et ce, à titre indicatif, pendant 26 ans en Italie (un peu moins pour les plus chanceux). Des ressources que ceux qui n’ont pas d’enfants peuvent consacrer à leur formation, leurs loisirs et leurs investissements.

Même chose pour le temps: la vie d’un parent est rythmée par les obligations scolaires, sportives et sociales liées aux enfants, à caser entre les nécessités professionnelles et personnelles; quant aux nécessités sociales, elles en découlent généralement.

Sans parler de la «charge mentale» — le Mommy Brain n’est qu’un exemple — qui pèse sur eux: souvent, pour trouver la concentration, on finit par travailler à des heures plus qu’insolites.


Et si, dans certains cas, ces charges — en argent, temps et préoccupations — sont équitablement réparties entre les parents, on sait bien qu’en matière de soins consacrés aux enfants l’objectif de la parité n’est pas atteint dans de nombreuses familles. Bien sûr, de nombreux pas en avant ont été faits, et beaucoup d’autres le seront, mais on a tort d’en parler comme s’il s’agissait déjà d’une réalité ; ainsi, ces charges, en particulier la charge en temps et la charge mentale, reposent presque exclusivement sur les épaules des mères.


Rien de bien nouveau, me direz-vous : élever des enfants, c’est du boulot! Dommage que cette considération évidente se traduise par un poids considérable pour les mères qui choisissent de continuer à travailler mais ne peuvent pas compter sur une répartition équitable des tâches. Par conséquent, pour conquérir des positions importantes — en politique, dans les professions libérales, dans les entreprises —, ces mères ont presque toujours dû travailler plus dur, fournir plus d’efforts et compter sur de moindres ressources économiques pour leur formation ou leur développement professionnel, et c’est pour cette raison qu’elles peuvent et doivent revendiquer fièrement leur parentalité.


Quel rapport avec la communication et la narration? Il y a un rapport, car c’est important de commencer à dire: «Je suis une mère, je suis un père!» dans ses profils en ligne, sur son lieu de travail, lors des entretiens et en politique.


Il m'est arrivé un jour de rédiger ma notice biographique. Elle commençait par «Mère de deux enfants» et se poursuivait par ce que j’avais accompli dans ma vie professionnelle. Au moment où je l’ai écrite, je savais que le sujet était délicat, mais je voulais souligner que tout ce que j’avais accompli en tant que femme active, je l’avais fait tout en m’occupant de deux enfants. Je trouvais que c’était une juste reconnaissance de mon engagement.


Ce post a été critiqué par des femmes qui estimaient qu’il n’était pas très «féministe», pour des raisons que je vais passer en revue une par une.


«Indiquer mère ou père pour se décrire publiquement et professionnellement détourne l’attention des étapes et des réalisations de la carrière d’une femme»: faux. Comme je viens de le montrer, je pense qu’une mère qui travaille développe de plus grandes compétences (le projet “Maternity as a master” de Riccarda Zezza en est un exemple). Travailler et élever des enfants en même temps peut être considéré en tout point comme un mérite, tant pour les hommes que pour les femmes, surtout pour ces dernières puisque ce sont encore elles — nous — qui s’occupent le plus des enfants.


«Indiquer mère ou père pour se décrire publiquement et professionnellement est une insulte à ceux et celles qui n’ont pas pu avoir d’enfants»: cette fois, l’argument est plus complexe et touche profondément aux questions pour lesquelles le Why Wait Agenda a été créé. Les personnes qui ont eu des enfants se sentent généralement chanceuses et reconnaissantes; à côté du respect pour ceux qui ont choisi de ne pas en avoir, il y a généralement aussi un sentiment d’empathie pour ceux qui — parce qu’ils ont trop attendu ou à cause du destin et de la difficulté qu’il y a à adopter en Italie — n’ont pas pu devenir parents.

À l’évidence, les personnes qui n’ont pas d'enfants ne sont pas moins professionnelles, moins compétentes ou moins capables. Mais cela n’enlève rien au fait que pour raconter la singularité et la diversité de chacun, il faille aussi parler de la parentalité quand elle existe. Afin de créer un nouveau récit, contemporain et libre, qui peut devenir une des solutions à la crise des berceaux vides.


Et encore: «Indiquer mère ou père pour se décrire publiquement et professionnellement est inapproprié — car être parent est démocratique, cela peut arriver à tout le monde, alors que le mérite au travail doit se gagner». En partie vrai: comme on l’a vu, ceux qui ont du mérite au travail et aussi des enfants portent une charge plus élevée. Mais si une femme qui occupe un poste important est un symbole et un exemple à imiter pour nos filles, il en va de même pour une mère qui réussit à devenir Premier ministre, présidente de la Commission européenne ou spationaute, alors que tant d'autres jettent l’éponge à un moment donné (généralement à la naissance de leur deuxième enfant).


Au fond, pourquoi nos enfants ne feraient-ils pas partie du récit de notre vie? Pendant la période de confinement, nous avons souri en voyant des enfants apparaître en pleine visioconférence ou derrière des professeurs très sérieux qui nous informait sur la pandémie, des députées européennes allaitaient en pleine réunion pour ne pas manquer un vote important, et des enfants faisaient au revoir à une mère nommée Samantha Cristoforetti, qui partait commander la Station spatiale internationale.


Commençons par cette habitude simple et économique: disons d’emblée que nous sommes aussi des parents, des mères et des pères, si nous le sommes. Commençons à partager nos sacrifices et nos stratégies. Commençons à être un exemple pour ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas y arriver, et à montrer à ceux qui voudraient avoir des enfants mais qui se sentent freinés qu’il y a un chemin. Il est en pente raide, mais il existe. N’oublions pas les histoires positives, les promotions pendant la grossesse et les patrons qui, au lieu de pratiquer la discrimination et le harcèlement, se révèlent être des alliés.


Car avoir des enfants est aussi une affaire collective: qui n’a pas à cœur cette dimension collective?

Ainsi, pour lutter contre la dénatalité, commençons par communiquer sur la parentalité, afin que le plus grand nombre de personnes puissent choisir librement de ne pas différer la réalisation de projets familiaux.

Et commençons à exiger des politiques, des actions et des comportements qui nous aident.



*Maura Satta Flores est mère de deux enfants et consultante en communication. Elle a travaillé comme cadre dans des entreprises multinationales et comme ambassadrice au service de projets caritatifs. Elle construit de réseaux associatifs et, depuis peu, est partenaire d’une exploitation agricole qui produit du vin bio. La photo"The sweetest vote ever. An MEP cast her vote with her sweet newborn child into her arms" (2015) est tirée de l'account du European Parliament sur Flickr, Creative Commons.

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Ce contenu, ainsi que l'ensemble du site The Why Wait Agenda, est produit par Journalism for Social Change, association à but non lucratif exerçant un journalisme engagé, apportant à travers l'information un point de vue laïc et progressiste sur les questions de fertilité et de la parentalité et promouvant un changement culturel, sociétal et politique sur ces questions. L'un des moyens de financement de l'association passe par les dons de ses lecteurs : en donnant même une petite somme vous permettrez à ce projet de grandir et d'atteindre ses objectifs.

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