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  • Eleonora Voltolina

La longue marche des pères pour briser le patriarcat

Dernière mise à jour : 26 mars

Ce sixième volet de l'enquête en collaboration entre le quotidien italien Domani et The Why Wait Agenda sur le choix d’avoir des enfants a été publié en italien dans Domani en septembre 2023.


« Les femmes sont de moins en moins désireuses d’avoir des enfants. Le nombre d’enfants par femme n’a jamais été aussi bas. Il est difficile de concilier maternité et travail. » Quand nous parlons de la famille et des raisons pour lesquelles le taux de fécondité est en chute libre, nous nous concentrons toujours sur les femmes — oubliant que dans la plupart des cas on fait des enfants à deux. Et ces deux personnes sont généralement un homme et une femme. Où sont donc les hommes dans cette histoire ? Comment se positionnent-ils face à la question de la parentalité ?

Vent d’égalité : les équilibres changent

« J’aimerais avoir un deuxième enfant. Mais la vérité, c’est que la gestion du premier repose entièrement sur mes épaules. Mon mari m’aide peu, il rentre tard du travail, il est toujours fatigué. C’est lui, mon deuxième enfant : si j’en avais encore un, je ne sais pas comment je pourrais le gérer. » Les propos de ce type sont monnaie courante dans les forums de mères en ligne. Après tout, la répartition des activités de soin est un signe décisif des changements à l’œuvre dans la société. Dans la plupart des couples modernes, tous deux travaillent et l’arrivée d’un enfant nécessite donc des ajustements. Certains tentent encore de reproduire des schémas désuets et de privilégier une répartition claire des rôles en fonction du sexe ; mais les nouvelles générations aspirent de plus en plus à des modèles égalitaires. Comme celui proposé en Italie sur Instagram par Mickol Lopez et Daniele Marzano, mariés et parents de trois enfants, qui brisent les stéréotypes de genre sur leur compte 'Guida Senza Patente' (« Conduite sans permis »). « Au cours des neuf dernières années, j’ai constaté une évolution positive de la figure du père, explique Daniele Marzano. Restés trop longtemps enfermés dans la structure familiale classique du patriarcat, les hommes sont aujourd’hui mieux à même de vivre leurs émotions, de redécouvrir leur côté plus fragile, sans que cela nuise à leur virilité ou à leur autorité »

. « Les couples où les deux parents s’engagent à gérer leur progéniture sont plus durables, il y a moins de conflits : toute la famille en bénéficie », résume Silvio Petta, créateur de Superpapà, une page Facebook qui compte 330.000 abonnés Des pères, pas des mères bis

Guida Senza Patente — comme Superpapà — a rejoint la campagne #IoCambio pour exiger des tables à langer dans les espaces réservés aux hommes ; et Marzano voudrait enterrer à jamais l’idée de « mère bis » : « Quand je change les couches de mes enfants, que je les acclimate à l’école, que je les emmène chez le pédiatre, je ne suis pas en train de singer leur mère. Je ne suis pas un extraterrestre : je suis tout simplement un parent. On n’a pas besoin d’un terme péjoratif, on a un mot : papa. » 

Quand le couple Marzano-Lopez – qui a publié l’année dernière ‘Lascia splendere la tua meraviglia. Lettera ai nostri figli e a ogni bambino’, Laisse ta joie rayonner. Lettre à nos enfants et à chaque enfant, uniquement disponible en italien – est invité à prendre la parole en public, il se retrouve souvent « aux prises avec les anciennes générations ; nous avons au contraire beaucoup d’espoir dans les nouvelles », qui ont des anticorps plus puissants contre les stéréotypes de genre. Car, « les femmes n’ont quelque chose de génétique qui leur permet de mieux changer les couches », plaisante Marzano : il y a « des hommes politiques, des cadres, des chefs d’entreprise qui, lorsqu’ils rentrent chez eux, deviennent totalement maladroits, ils ne savent pas comment réchauffer un petit pot ni où sont les chaussettes de leur fils. Comment est-ce possible ? » Les émotions des hommes Mais se profile à l’horizon une nouvelle espèce d’hommes, capables de partager avec leur partenaire des moments difficiles et parfois dramatiques, comme la difficulté à concevoir, les fausses couches, les avortements thérapeutiques. Autrefois, on considérait que c’était « une affaire de femmes » ; mais aujourd’hui les hommes aussi confient parfois leurs émotions et ne cachent plus leurs cicatrices.

Le couple devient une équipe et les hommes découvrent qu’on peut trouver une gratification dans les activités de soin. Lorsque Petta a créé Superpapà il y a treize ans, « on parlait peu des pères sur les réseaux sociaux », c’est pourquoi il a voulu ouvrir « un espace de discussion. S’occuper des enfants est une expérience qui nous rend meilleurs en tant que personnes : elle devrait être valorisée et non ignorée ». Il parle de son expérience personnelle : comme sa femme travaillait souvent le soir, il s’est toujours occupé des enfants — « qui sont maintenant des jeunes hommes de 21 et 19 ans » — en allant les chercher à l’école, en les faisant jouer et manger, en leur chantant des berceuses. « J’ai créé une relation solide avec eux, ce qui s’est révélé très utile quand ils sont devenus adolescents. »

Au début, Superpapà a été soutenu par des pères séparés, qui « se sentaient prisonniers sur les réseaux sociaux. Nous avons permis la confrontation, y compris avec les femmes. Les mères et les pères ne devraient pas être en concurrence : nous sommes pour la biparentalité ». Et puis il y a les familles arc-en-ciel : les couples de pères qui se moquent des stéréotypes de genre au sein du foyer mais doivent vivre dans une société où les activités de soin sont toutes confiées aux femmes, ce qui fait qu’en absence de mère tout devrait aller de travers. Le congé de paternité

Pour arriver à l’égalité parentale, « la mère de toutes les batailles », comme le dit Marzano, est celle pour l’extension du congé de paternité, des dix jours actuels prévus par la loi italienne à au moins trois mois : un projet de loi a bien été déposé par la députée Lia Quartapelle du Parti démocrate il y a plusieurs mois, mais il n’a pas encore été inscrit à l’ordre du jour du Parlement. Il est également soutenu par Girolamo Grammatico, père sicilien installé à Rome, écrivain, féministe, auteur de '#Esserepadrioggi: Manifesto del papà imperfetto' (Ultra, 2020, disponible uniquement en italien) et à l’origine d’une pétition qui a recueilli des dizaines de milliers de signatures.  Il y a deux ans, Grammatico est tombé sur un post du projet d’activisme numérique Cara Sei Maschilista (« Ma chère, tu es sexiste ») axé sur le machisme intériorisé par les femmes — qui dénonçait l’absence des hommes dans le combat pour le congé de paternité. Grammatico a conscience que c’est vrai : « Il n’y avait pas une seule voix masculine. » Sur un coup de tête, il rédige alors un appel qui recueille 33.000 signatures en moins d’un mois. Les parents (encore loin d'être) égaux

La pétition s’intitule « Genitori alla pari » (« Parents égaux ») et, avec celle de Movimenta — une association politique « féministe, écologiste, progressiste et pro-européenne » — elle compte actuellement près de 85.000 signatures. Grammatico s’inquiète du fait que la question semble encore n’intéresser que les femmes ou peu s’en faut. Pourtant, « il s’agit d’une bataille pour le progrès. J’ai deux enfants, je n’en aurai pas d’autres, mais je le fais pour des raisons éthiques, parce qu’il faut que cette possibilité existe ».

Mais selon les données de l’INPS, l’institut italien de sécurité sociale, seuls 150.000 nouveaux pères ont pris un congé de paternité en Italie durant l’année 2021. Cela représente environ 50 % des bénéficiaires potentiels. Pourquoi si peu ? « Il y a beaucoup de désinformation, répond Marzano. Mais quand les hommes se rendent compte qu’ils ont ce droit, ils se disent qu’il serait stupide de ne pas en profiter. » « Si nous voulons que les entreprises cessent de considérer les femmes comme un investissement moins rentable, il n’y a pas d’autre solution », affirme Grammatico : nous devons faire en sorte qu’en cas de naissance d’un enfant les nouvelles mères et les nouveaux pères restent à la maison pendant la même durée. « Dans les pays où les congés sont égaux, l’économie et l’emploi des femmes y gagnent », souligne Marzano. Mais il faut une réelle volonté politique pour financer ce congé : cela ne semble pas vraiment être la priorité, même si l’Italie est le seul pays à disposer d’un ministère de la Famille et de la Natalité. Le risque d’un retour en arrière Mais loin d’être la norme, le partage des responsabilités parentales reste l’exception. Les pères comme Marzano, Petta, Grammatico ne sont pas légion. En Italie comme dans de nombreux autres pays du monde, les femmes assument encore la majeure partie des tâches de garde et de gestion des enfants, et le changement se fait à tout petits pas. Le risque est également de faire des pas en arrière, prévient Marzano, si le gouvernement de droite actuellement au pouvoir en Italie persiste à « s’adresser uniquement aux femmes » comme seules responsables de la famille. Si l’égalité et le partage des responsabilités parentales sont désormais essentiels pour les couples qui décident d’avoir des enfants, l’État doit faire en sorte qu’ils se sentent « plus protégés, plus libres, plus aidés, plus soutenus, conclut Marzano, dans une mission qui reste l’une des plus compliquées pour l’Humanité : devenir parents ».

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