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  • Eleonora Voltolina

La bataille des femmes célibataires: la maternité est un droit pour tous

Dernière mise à jour : 17 oct. 2023

La collaboration entre le quotidien italien Domani et The Why Wait Agenda se poursuit: une enquête en plusieurs épisodes sur le choix d’avoir des enfants. Ce troisième volet a été publié en italien dans Domani le lundi 15 mai 2023.

Vous voulez résoudre le problème de la baisse de la natalité, n’est-ce pas? Eh bien, aidez donc les femmes célibataires qui veulent un enfant à devenir mères. La proposition insolite lancée par la journaliste Martha Gill dans le quotidien britannique The Guardian a pour point de départ le fertility gap, l’écart entre le nombre d’enfants désirés et celui d’enfants eus: «Les femmes ont aujourd’hui plus d’argent et de choix que jamais. Mais pour quelque raison elles ne peuvent pas avoir le nombre d’enfants qu’elles souhaitent».

Après avoir passé en revue les freins traditionnels — manque de services, risques dans la sphère professionnelle, possibilité de trouver de nombreuses voies d’épanouissement personnel autres que la maternité —, Gill en vient à ce qu’elle considère comme le cœur du problème: le fait qu’en amour, de plus en plus de femmes ne se satisfont plus de peu. Il leur est donc de plus en plus difficile de trouver «l’homme idéal» avec qui fonder une famille.


La solution? Soutenir celles qui vont de l’avant et font un enfant seules: «Mais la maternité monoparentale reste incroyablement difficile et, d’un certain point de vue, socialement pénalisée, conclut la journaliste: les hommes politiques feraient bien de réfléchir à la manière de mieux soutenir les mères célibataires. Faites-en votre public cible et vous verrez que le taux de natalité augmentera».

Les défis de la maternité célibataire


Les femmes désireuses de devenir mères sans partenaire, de suivre une procédure de FIV longue et complexe, d’assumer l’entière responsabilité de l’éducation d’un enfant et de choisir a priori de le mettre au monde sans figure paternelle, ne sont pas nombreuses. Notamment en raison des préjugés de la société: «En Italie en particulier, on sent un jugement moral négatif face à un tel choix, et c’est un élément qui peut constituer un frein», souligne Manuela Naldini, professeur de sociologie des processus culturels et communicatifs à l’université de Turin et experte des transformations familiales.


Même si les responsables politiques décidaient d’apporter un soutien à d’autres formes que la parentalité classique — «et, avec ce gouvernement et dans ce climat politique, je ne pense pas qu’il y ait de marges de progrès», observe-t-elle —, il n’y aurait vraisemblablement pas d’explosion du nombre de mères célibataires : «Une minorité restera sur cette voie», ajoute-t-elle, notamment parce qu’avoir des enfants «est particulièrement coûteux et contraignant dans le contexte italien: il est déjà difficile d’être parent à deux, alors seule…».


Mais la bombe lancée par Martha Gill ouvre le débat sur la nécessité de commencer à aider celles qui voudraient avoir des enfants à le faire, plutôt que de blâmer celles qui n’en veulent pas. Bien sûr, le choix d’avoir un enfant seule est critiqué par les bien-pensants tout autant que celui de ne pas avoir d’enfant du tout. L’accusation la plus fréquente (curieusement, dans les deux cas)? Quel égoïsme!


Pas de père à l’horizon


«On n’a jamais entendu parler de quelqu’un qui fait un enfant pour la planète, pour la démographie ou pour payer les retraites des personnes âgées», souligne Giorgia Würth qui, à l’occasion de la fête des mères, a publié le livre Mamme single per scelta («Mères célibataires par choix», disponible en format papier et numérique — pour l’instant uniquement en italien — sur Amazon), un livre qui rassemble 13 histoires (plus une) de maternité sans père à l’horizon: «Le choix est toujours égoïste et, dans les couples, c’est l’égoïsme de deux personnes. Mais l’amour d’un enfant est l’égoïsme le plus désintéressé du monde».


Il va de soi que «tout le monde ou presque préférerait faire un enfant avec un partenaire», explique Würth, qui écrit depuis quelques années, en plus de sa carrière d’actrice, et qui est mère célibataire de deux enfants. Mais son histoire personnelle ne figure pas dans le livre, en partie par pudeur et en partie pour éviter que l’attention des médias ne se concentre entièrement sur elle, au risque d’occulter le message du livre: «Ne pas permettre que les femmes qui ont fait ce choix seules se sentent seules. Et nous sommes nombreuses».


Un trou noir statistique


Il est impossible de dire combien elles sont exactement, car en Italie elles ne sont pas comptabilisées. L’Istat, l’Institut national de la statistique, n’est pas en mesure de dire combien de bébés sont reconnus à l’état civil par leur seule mère, ni combien de femmes sont devenues mères alors qu’elles étaient célibataires dans le groupe des «familles monoparentales». Un segment de la population qui existe dans les enquêtes — mais qui mêle de façon aléatoire filles-mères, veuves, séparées, divorcées, mères célibataires. Et aussi des personnes de 50 ans vivant avec un parent âgé, ou des cas de garde partagée, avec des enfants qui font la navette entre le domicile du père et celui de la mère.


En Italie, les ménages monoparentaux comptant au moins un enfant mineur et dont le parent est âgé de moins de 45 ans étaient au nombre de 615.000 en 2021. Mais, comme nous l’avons dit, il s’agit de ménages «monoparentaux» pour diverses raisons. «L’Istat ne dispose pas de données ventilées», confirme Gisella Bassanini, fondatrice de l’association Smallfamilies basée à Milan, un observatoire des “familles à géométrie variable”: «Il n’y a aucun moyen de comprendre si l’autre parent est là ou non, s’il est là par intermittence… Ou s’il n'a peut-être jamais été là. Mais le fait que l’autre parent soit plus ou moins présent sur le plan affectif, relationnel, économique, fait une différence substantielle par rapport au fait d’être un “parent isolé”», définition que Bassanini utilise pour désigner une personne qui élève un enfant de manière totalement indépendante «par choix, parce que c’est là que la vie l’a conduite ou parce qu’elle est veuve».


Fécondation interdite par la loi


En Italie, le chemin vers la maternité célibataire est également rendu difficile par la loi. Nul ne peut adopter ou s’engager sur la voie de la PMA, la procréation médicalement assistée, s’il n’est pas dans un couple hétérosexuel: c’est «le choix du système juridique italien, jamais remis en cause par la Cour constitutionnelle, d’un modèle familial idéal avec une double parentalité homme-femme», explique l’avocat Vincenzo Miri, président de Rete Lenford, une association engagée dans la protection des droits des personnes LGBTQ+.


Aux yeux de la loi 40/2004 qui réglemente encore l’accès à la PMA, les femmes célibataires ont non seulement le problème de ne pas être deux, mais aussi de n’être presque jamais physiquement stériles: en effet, le recours aux techniques de PMA n’est autorisé en Italie que dans le cas d’un diagnostic d’infertilité. Rete Lenford a déposé un projet de loi visant à permettre aux femmes célibataires et aux couples de lesbiennes d’avoir également accès à la PMA, comme c'est déjà le cas dans de nombreux pays qui reconnaissent l’infertilité dite “sociale”. Mais en réalité, il suffirait de ramener «le choix sur le terrain de l’autodétermination en matière de reproduction, explique Miri, et d’élargir les conditions subjectives d’accès».


«J'aimerais que mon livre ait le pouvoir de déclencher une bataille politique, déclare Giorgia Würth. D’une certaine manière, la loi italienne n’a pas de sens: ce qu’elle interdit peut toujours être fait en allant à l’étranger. Avec plus de difficultés, en payant plus cher et en enrichissant les cliniques d’autres pays pour ensuite revenir ici avec les enfants». Une absurdité. «Car ce n’est certainement pas une loi qui arrêtera le désir d’enfant». D’ailleurs, presque touts les femmes de son livre auraient eu recours à l’adoption si elles avaient pu: pourquoi alors «ne pas simplifier cette possibilité?».


Il faut un village


Pour comprendre le choix d’avoir un enfant comme femme célibataire, outre le recueil d’histoires vraies de Würth, il peut être utile de lire le roman d’un autre visage bien connu de la télévision et de la radio italiennes, Giorgia Surina. Dans son premier roman In due sarà più facile restare svegli (publié Giunti), elle imagine deux amies approchant la quarantaine qui décident d'avoir chacune un enfant par fécondation in vitro et de les élever ensemble, dans une famille élargie.


«C’est peut-être exactement ce qu’il faut», conclut le professeur Naldini: revenir à l’ancien proverbe africain qui dit qu’il faut un village pour élever un enfant. «Être de bons parents est un défi de taille à notre époque: cela signifie avoir énormément de temps à consacrer à son enfant — et pour une mère célibataire, personne avec qui le partager. Nous avons besoin de fraternité. De communauté».



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