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  • Eleonora Voltolina

Il est désormais possible de congeler la fertilité. Mais presque personne ne le fait

Dernière mise à jour : 25 avr.

Ce cinquième volet de  l'enquête en collaboration entre le quotidien italien Domani et The Why Wait Agenda sur le choix d’avoir des enfants a été publié en italien dans Domani le lundi 29 mai 2023.


Arrêter le temps est l’un des plus vieux rêves de l’Humanité. Ralentir le vieillissement, échapper aux lois de la biologie. Pour l’instant, ce n’est que de la science-fiction, mais quelque chose de similaire existe : on peut extraire des cellules reproductrices, les congeler et les utiliser pour une grossesse des années plus tard.

À mesure que l’âge moyen où on fonde une famille augmente, cette possibilité devient encore plus pertinente. La volonté d’avoir un enfant arrive parfois trop tard et les problèmes d’infertilité liés à l’âge sont fréquents, surtout chez les femmes : en effet, avec les années, la quantité et la qualité des ovules (techniquement les ovocytes) diminuent. La science permet donc de les mettre de côté lorsqu’ils sont « jeunes » et de les utiliser une fois qu’on a atteint la stabilité économique et professionnelle ou qu’on a trouvé le bon partenaire. Presque personne ne congèle ses ovules


La vérité, c’est que seulement un millier de femmes en Italie ont à ce jour choisi le social freezing, c'est-à-dire la cryoconservation de leurs ovules sans raison de santé, à un moment de leur vie où elles ne veulent pas ou ne peuvent pas avoir d’enfants. Selon des données non publiées de l’Institut national italien de la santé, seules 909 femmes l’ont fait entre 2015 et 2020. Le nombre total d’ovocytes conservés est d'environ 6.200. En 2020, par exemple, seules 147 femmes ont procédé à cette cryoconservation d’ovocytes « élective » (c’est-à-dire choisie volontairement), plaçant un total de 992 ovocytes sous azote liquide.

Pourquoi cette pratique n’a-t-elle pas le vent en poupe ? « Parce qu’il y a un manque total d’information sur cette technique et sur la possibilité pour les jeunes femmes de retarder le moment de la maternité », répond Giulia Scaravelli, responsable du Registre national PMA de l’Institut supérieur de santé publique italien. Gagner du temps

Parmi les rares Italiennes à avoir choisi cette voie figure F., qui avait 38 ans lorsqu’elle a tenté l’expérience, célibataire, afin de se donner un peu plus de temps pour trouver un partenaire, ou dans l’idée que si elle n’en trouvait elle pourrait recourir à la PMA — procréation médicalement assistée — à l'étranger. Mais dans son cas, ça n’a pas fonctionné : « Il faut s’y prendre beaucoup plus tôt. À vingt-cinq, trente ans maximum. Sinon, il se peut qu’il n’y ait pas assez d’ovules formés ou que les ovules congelés ne soient pas de bonne qualité. » S., elle, essayait de tomber enceinte de son mari depuis quelques années déjà. Ils ont été suivis dans un centre de fertilité mais sont restés bloqués à la première étape — les médicaments pour l’ovulation, la surveillance des follicules, les rapports sexuels ciblés les bons jours. Son mari n’était pas convaincu de vouloir recourir à la fécondation in vitro. À 34 ans, S. reçoit ce conseil de sa gynécologue : « Puisqu’il hésite, tu dois envisager de préserver ta fertilité ». S. décide de le faire à ses frais, « sans se soucier de ce qui se passera plus tard. Dans le cas de la fécondation assistée, on prélève les ovules pour les féconder : dans ce cas-ci, pour les congeler ». L’histoire se termine bien, car un an plus tard son mari se décide enfin, les ovules sont décongelés et fécondés, c’est une belle histoire : une petite fille est née, elle a aujourd’hui cinq ans. Les autres types de congélation Si le mari n’avait pas hésité et avait immédiatement accepté le recours à la PMA, peut-être que certains des ovules de S. auraient fini par être congelés de toute façon — gratuitement — dans le cadre de la procédure qu’ils auraient entamée. Ce segment ne fait pas l’objet d’un suivi précis, mais « on peut supposer, selon l’Institut supérieur de santé publique, que cette pratique a concerné 40.000 femmes entre 2005 et 2020 ». Dans ce cas, la congélation d’ovules a lieu alors que les femmes cherchent activement à faire un enfant. La décision de congeler n’est pas la leur mais celle des médecins qui, si la stimulation ovocytaire aboutit à un grand nombre d’ovules, préfèrent parfois ne pas les féconder tous et

congeler les ovules en plus. Par ailleurs, étant donné que le taux de réussite moyen de la PMA n’est que de 30 %, la congélation permet de procéder, le cas échéant, à d’autres tentatives, sans avoir à soumettre la femme au stress d’une nouvelle stimulation. Il faut aussi évoquer la préservation de la fertilité chez les patientes atteintes de cancer. En Italie, 3.646 femmes ont congelé leurs ovules, principalement au cours de la décennie 2010-2020, avant de subir une chimiothérapie, une radiothérapie ou d’autres traitements, et même dans ce cas il n’y a évidemment rien d’ « électif ». « La cryoconservation des gamètes avant d’entamer des thérapies susceptibles de compromettre la fertilité est proposée chaque fois que cela est possible, déclare Luca Gianaroli, vice-président de la Fondazione PMA.Italia et directeur des activités éducatives mondiales de la Fédération internationale des sociétés de fertilité. Les maladies les plus souvent associées à une perte de fertilité sont, tant pour les hommes que pour les femmes, les cancers. En fait, bien que les thérapies actuellement disponibles garantissent dans de nombreux cas de bons taux de survie, elles compromettent souvent irrémédiablement la fertilité des patients les plus jeunes. » Comment ça marche

Il s’agit de circonstances très différentes de la congélation d’ovules de personnes en bonne santé pendant qu’ils sont encore de bonne qualité — lorsque vous avez moins de 35 ans — pour les utiliser ensuite si nécessaire : c’est un peu comme une assurance sur votre propre fertilité. Mais il y a aussi des inconvénients. Tout d’abord, le coût : des milliers d’euros, pour les médicaments, le prélèvement et la congélation des ovules, auxquels il faut ajouter un forfait annuel pour la conservation et une somme supplémentaire pour la décongélation. En Italie dans l'ensemble ce coût peut aller, dans le secteur privé, entre 4.000 et 8.000 euros.

Il s’agit en outre d’une intervention chirurgicale. Des examens préliminaires sont nécessaires, la stimulation avec contrôle échographique et dosage hormonal, et le prélèvement proprement dit, qui « consiste en la ponction et l’aspiration des ovocytes par voie vaginale sous contrôle échographique, explique Gianaroli. C’est donc une véritable opération qui se déroule au bloc opératoire et sous anesthésie. » Les risques sont minimes, mais le premier prélèvement n’est pas forcément suffisant : « Il faut disposer d’un bon nombre d'ovocytes, notamment parce qu’un ovocyte ne génère pas toujours automatiquement un embryon, qu’un embryon ne se développe pas toujours correctement et qu’il ne s’implante pas toujours », ajoute le gynécologue. « Par exemple, j’avais beaucoup de follicules, mais il n’y en avait vraiment que cinq matures au moment de l’explantation », raconte S. Lorsque son mari et elle ont décidé de se lancer, « nous les avons décongelés et nous avons fécondé les cinq, mais il n’y avait que deux bons embryons. Nous les avons implantés tous les deux ». Puis un seul a pris. Sans oublier que la stimulation hormonale elle-même « a un impact lourd sur de nombreuses femmes, tant sur le plan physique que psychologique », souligne F. Enfin, un autre aspect joue en sa défaveur : l’accès à la PMA n’est autorisé en Italie qu’aux couples hétérosexuels. Ainsi, une femme seule ou en couple lesbien « peut procéder à la cryoconservation, confirme Gianaroli, mais elle ne pourra pas utiliser les ovocytes congelés dans le cadre d’un traitement de procréation assistée », à moins qu’elle n’ait un partenaire ou qu’elle ne parte à l’étranger. Cet état de fait décourage évidemment de nombreuses Italiennes. Une société qui change

Les sceptiques affirment que la cryoconservation risque de repousser encore plus les projets de maternité. Dans tous les cas, il ne faut pas oublier que la congélation n’est pas une garantie absolue de tomber enceinte avec ces ovules à l’avenir.

Si cette pratique se généralisait, l’âge moyen du premier enfant perdrait-il de son importance ? Il aurait peut-être moins de poids, concède Gianaroli, « mais il existe toujours des facteurs biologiques qui font qu’une grossesse après un certain âge est risquée et déconseillée. Il ne faut pas commettre l’erreur de penser que c’est la solution à tous les problèmes et qu’elle offre un temps indéfini ». Certaines entreprises incluent le remboursement de la congélation d’ovules à leurs employées en tant qu’avantage, mais derrière cette générosité se cache peut-être aussi le message suivant : « Veillez à ne pas avoir d’enfants maintenant. » Ne serait-il pas préférable que les entreprises et la société dans son ensemble aident les femmes à avoir des enfants lorsque c’est biologiquement plus facile ?

Le choix de congeler ses ovules est une grande opportunité, à condition de rester dans les limites de la liberté et de l’autodétermination. Afin de lutter contre la dénatalité, cette possibilité devrait être portée à la connaissance des jeunes et, surtout, remboursée par l’État : sa couverture « devrait être considérée comme un investissement dans le cadre d’une stratégie nationale de préservation de la fertilité », propose le professeur Gianaroli. « Quand j’avais 25 ans, cette option n’existait même pas, déclare S. Mais aujourd’hui, je la recommanderais à une jeune femme de 25 ans. Je ne lui dirais pas qu’elle doit le faire, bien sûr. Je lui dirais simplement que même si elle pense qu’elle n’aura pas d’enfants, elle devrait y réfléchir. »

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